Est-il un imposteur ?C'est en le connaissant mieux, en tenant compte de ses déclarations et de son comportement depuis la première révélation que nous pourrons affiner notre opinion à son égard. PrédictionsLe Coran contient une foule de prédictions qui se sont vérifiées par la suite. Sans parler de celles apportées dans la tradition prophétique. Pourquoi prendre tant de risques à faire des prophéties ? Se souvenir de DieuLe dhikr (ou Zikr, ذِكْر [ḏikr], évocation ; mention, rappel, répétition (du nom de Dieu)), dans l'Islam, désigne à la fois le souvenir de Dieu et la pratique qui avive ce souvenir. Être musulmaneComme dans toute société humaine non-déréglée, la stabilité et le bonheur familiaux sont recherchés dans la société musulmane. La femme est le piller central de cette stabilité. Les appartementsSourate 49 - Al-Hujurât : Les Appartements Sourate des "bons comportements". Nous vous invitons à bien la méditer !
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CHAPITRE IX CARACTERISTIQUES PHENOMENALES DU « WAHY »En temps que phénomène se déroulant dans le temps, le « Wahy » présente, indépendamment de sa nature propre et son véhicule psychologique, à travers le « moi » mohammadien, deux caractéristiques phénoménales qu'il nous semble intéressant de considérer : a) — Son intermittence. b) — Son « unité » quantitative. INTERMITTENCE Le « Wahy » a embrassé dans son ensemble une période de vingt trois ans. Par conséquent, il ne constitue pas un phénomène instantané et fugitif. Les versets sont révélés par intermittence, et il y a une interruption plus ou moins longue entre deux révélations successives. Cette interruption est parfois même trop longue au gré de Mohammed, notamment quand il doit prendre une décision qu'il croit devoir soumettre préalablement à l'homologation du ciel. C'est le cas, en particulier, quand il fallut se décider à C'était aussi le cas quand il fallait, pour Mohammed, trancher une situation indécise alors que — sur les charbons ardents — il attend fébrilement l'inspiration décisive. Mohammed avait connu de pareilles indécisions, notamment dans l'incident du « Ifk » qui ne fut tranché par le « Wahy » qu'après un mois d'attente impatiente. Apparemment, c'était là une infirmité sur laquelle les railleurs ne manquèrent pas d'adresser leurs critiques blessantes au Prophète. Celui-ci eut à en souffrir, parfois d'une façon particulière. Or, quelle que soit l'hypothèse faite sur la nature du Coran, celui-ci ne pouvait-il donc pas surgir d'un seul trait, d'un seul jet, du génie humain qui l'aurait engendré ? Mais, avec notre recul dans le temps, nous pouvons mieux juger de l'importance capitale, pour le succès de la mission, de cette intermittence curieuse de la révélation. Qu'aurait pu signifier, au triple point de vue historique, social et moral, un Coran qui aurait jailli comme un éclair fugitif dans les ténèbres de C'est en examinant, de tous ces points de vue là, la question de l'intermittence qu'on se rend compte de sa valeur tout d'abord pédagogique. C'est, en effet, toute une méthode, la seule méthode éducative possible, pour une période marquée pour la naissance d'une religion et l'aurore d'une civilisation. En effet, la révélation va guider pendant vingt trois années, et pas à pas, la marche du Prophète et de ses compagnons vers ce but lointain. Elle les enveloppe à chaque instant de la sollicitude divine particulière à cet instant-là : elle soutient leur effort gigantesque, soulève leur âme et leur volonté vers l'objectif d'une épopée unique dans l'histoire : elle souligne de la grâce d'un verset exprès, la mort d'un martyr ou celle d'un héros. Qu'eût été le Coran, pour la nature humaine qu'il est venu pétrir à cette époque, s'il avait devancé les épreuves de « Honaïn » ou de « Ohod » ? Qu'eut-il été s'il n'avait pas apporté à chaque douleur sa consolation immédiate, à chaque sacrifice, sa récompense, à chaque défaite, son espoir, à chaque victoire, sa leçon d'humilité, à chaque écueil, l'indication de l'effort nécessaire, à chaque danger moral ou matériel, l'encouragement nécessaire pour l'affronter ? C'est au fur et à mesure du déroulement de l'épopée de l'Islam sur les chemins de sable du « Hidjaz » ou du « Nejd » que la révélation apportera la leçon nécessaire de persévérance, de patience, de courage et de désintéressement aux héros épiques de cette légende prodigieuse. Son enseignement aurait-il pu trouver le chemin de leur cœur et de leur conscience s'il ne s'était illustré, au fur et à mesure, des exemples de la vie même ? Si le Coran avait été révélé d'un seul trait, il serait vite devenu un « Verbe » inerte, une pensée morte, un simple document religieux et non la source vivifiante d'une civilisation qui nait. Son dynamisme historique, social et moral, n'a qu'un secret : l'intermittence. C'est d'ailleurs le Coran lui-même qui fait ressortir ce caractère confidentiel, en s'adressant à Mohammed par cette révélation : « Nous te le révélons ainsi afin de raffermir ton « cœur >» Cor. XXV, 32. Par conséquent, l'intermittence que nous considérons ici et qui pouvait paraître à l'époque djahilienne, comme une singulière infirmité nous apparaît, au contraire, avec notre recul, comme la condition essentielle nécessaire à la réalisation de la mission mohammadienne. On ne peut s'empêcher de trouver dans cette méthode pédagogique qui a défié les railleries et dérouté la superficielle critique, encore la marque de l'intelligence supérieure qui dicta le « Verbe » par intermittence. UNITE QUANTITATIVE Comme phénomène intermittent, la révélation est donc essentiellement discontinue, comme une série numérique. Ce caractère suggère naturellement l'idée d'une unité quantitative : chaque révélation particulière apportant une nouvelle « unité » à la série coranique. Cependant, cette unité n'est pas constante comme une simple raison arithmétique. On est tenté de dire qu'elle a un module variable : l'amplitude d'une révélation. Cette amplitude varie entre un minimum, le verset, et un maximum, la sourate. Or, l'examen de cette unité permet quelques observations intéressantes sur le rapport entre le « moi » mohammadien et le phénomène coranique. Elle coïncide, en effet, dans le temps avec l'état particulier que nous avons nommé « l'état de réceptivité » chez Mohammed. Nous avons vu notamment que la volonté de celui-ci se trouvait momentanément abolie puisqu'il était incapable, dans ces moments, de se couvrir lui-même la face congestionnée et ruisselante de sueur. C'est, donc, dans un « moi » subitement et momentanément atrophié que va se manifester l'unité de C'est là, quantitativement, l'unité du phénomène coranique qui est à envisager par rapport à ce « moi » momentanément atrophié et qui en est le support. Cette unité correspond nécessairement au moins à une idée, et parfois à une série d'idées exprimées dan un ordre dialectique que nous pouvons constater dans tel verset du Coran. Or, la considération de l'idée en elle-même et de son ordre dans la chaîne dont elle fait partie, révèle une faculté créatrice et ordonnatrice qui est irréductible au « moi » mohammadien, dans les conditions psychologiques spéciales de son état de réceptivité et même dans les conditions ordinaires de son état normal, à condition toutefois d'admettre les conclusions du premier critère. En effet, quoi dire d'une pensée chez un homme qui ne l'a pas pensée et qui ne peut la penser dans l'état particulier où il se trouve ? Quoi dire de l'ordre discursif des idées exprimées par cette pensée, quand cet ordre n'est pas fondé sur une volonté et une réflexion ordonnatrices ? Evidemment, cela est inconcevable à priori. D'ailleurs, à supposer même que la réflexion pût être inconsciente et involontaire chez un sujet, Mohammed n'avait pas toutefois le temps matériel de concevoir et d'ordonner ses idées dans le laps fulgurant d'une révélation. Nous verrons d'ailleurs que, parfois, ces idées expriment des notions parfaitement impensables, à l'époque mohammadienne, et qui ne sont par conséquent réductibles à aucune conception humaine. Nous en signalerons des exemples, plus loin, au chapitre des « Notions coraniques remarquables ». Pour l'instant, c'est le temps seul qui constitue notre critère pour juger du rapport d'une révélation avec le « moi » mohammadien. Nous ne sommes pas, malheureusement, assurés que les exemples ici examinés représentent bien une révélation ou bien une partie seulement. Toutefois, on peut se tirer de difficulté en prenant pour unité de la révélation, le nombre de verset successifs ayant trait au développement d'une même idée. Ce nombre peut se réduire, dans le cas minimum, à un seul verset, et dans le cas maximum, à une sourate. EXEMPLE D'UNITE D'ORDRE JURIDIQUE La sourate « Les Femmes » nous fournit un exemple d'ordre juridique relatif à la loi matrimoniale. La notion juridique considérée se développe dans les versets — 22... 25 — qui font partie très probablement d'une même révélation. Mais, pour plus de rigueur, nous ne voulons en considérer ici que le seul verset (23) : « II ne vous est pas permis d'épouser vos mères, « vos filles et vos sœurs, vos tantes paternelles ou maternelles, « vos nièces — filles de votre frère et filles de votre sœur — vos « nourrices qui vous ont allaités et vos sœurs de lait, vos « belles-mères, les filles de vos femmes dont vous avez la garde, « à moins que vous n'ayez pas consommé le mariage avec leurs « mères. Vous n'épouserez pas vos belles-filles — épouses de « vos fils — ni deux sœurs simultanément. Exception faite pour « le passé. Dieu est indulgent et miséricordieux ». Cor. IV - V. 23. Voilà un texte fondamental fixant d'un seul souffle la loi matrimoniale avec tous les détails et circonstances juridiques nécessaires. Il constitue en quelque sorte un tableau des cas illicites, comportant deux notions essentielles : la conception et l'énumération complètes desdits cas, et leur classification dans un ordre logique. Or, cette énumération de treize cas et leur classification évidente, impliquent des conditions psychologiques et temporelles incompatibles avec les caractéristiques de la révélation. En effet, Mohammed n'a pas pensé les cas en question et, encore moins, ne les a-t-il pas ordonnés. On peut également constater dans ce classement la prééminence du lien masculin sur le lien féminin : la nièce par le frère vient avant la nièce par la sœur et la consanguinité par rapport à l'époux. Comme il n'est pas question que le Prophète est prémédité « les cas illicites » et qu'il ne saurait davantage les avoir médités et ordonnés, durant l'éclair d'une révélation — chose d'ailleurs incompatible avec les conditions de son état de réceptivité et avec les conclusions du premier critère — le cas demeurerait en suspens s'il lui fallait une interprétation qui demeurât dans le cadre des idées cartésiennes. Ici, comme ailleurs, on est obligé de chercher hors de ce cadre-là l'explication du phénomène. EXEMPLE D'UNITE D'ORDRE HISTORIQUE Cet exemple nous est fourni par (1) « Lorsque les Hypocrites sont en ta présence, (2)« Ils disent : « Nous témoignons que tu es l'envoyé de Dieu. (3) « Dieu sait que tu es son envoyé. Voilà le texte à considérer et dont nous avons, à dessein, numéroté les quatre parties afin d'y marquer l'ordre des propositions. La nature historique du verset apparaît dans la première proposition qui nous signale un incident ordinaire : la présence des Hypocrites auprès du Prophète. Et cette proposition est bien à sa place capitale, puisque le but immédiat de ce verset étant de nous signaler la perfidie et le mensonge des Hypocrites, il devait tout d'abord nous signaler le cadre de l'incident : les Hypocrites en présence du Prophète. Les idées suivantes devraient suivre, surtout dans un discours oral comme l'est le Coran, un ordre naturel procèdent par degré d'importance : de l'idée principale à l'idée subordonnée. Or, l'idée principale est ici de dénoncer la perfidie des Hypocrites et de leur donner le démenti. Par conséquent, en appliquant cette remarque à l'ordre des idées du verset, on devrait les classer comme il suit : (1) « Lorsque le Hypocrites sont en ta présence, (3) « Et Dieu sait que tu es son envoyé ». Sous cette forme, le verset est rigoureusement complet et satisfait encore à la syntaxe arabe, sauf que l'ordre des propositions (3) et (4) est interverti, pour rétablir leur ordre naturel. Cependant, on voudra bien remarquer que dans cet ordre nouveau, le verset eut fourni à une critique interne, un grave argument contre la valeur surnaturelle de la révélation puisque toute la signification de l'idée subordonnée (4) eut porté comme un démenti, non pas la perfidie des hypocrites, mais à leur affirmation concernant de Mohammed. Il y a donc dans l'ordre coranique des idées exprimées une subtilité déconcertante, puisque la proposition subordonnée accessoire (3) prend d'abord acte de validité de la mission de Mohammed — telle que l'affirment les Hypocrites — avant de dénoncer le mensonge de ces derniers par la proposition subordonnée principale (4). Cet ordre subtil — marque d'une réflexion avertie et d'une attention en éveil — est incompatible, faut-il le répéter, avec les conditions psychologiques et temporelles dans lesquelles fuse comme un éclair page 103??? L’unité quantitative du Coran. Il est aussi incompatible avec l'improvisation et la spontanéité d'un style oratoire comme celui du Coran. En effet, faut-il le rappeler encore, le discours coranique est, du point de vue externe, un exposé oral dans lequel la pensée n'a pas le temps matériel de rechercher la subtilité dialectique comme un style écrit. On n'a pas le temps, quand on parle, de « tourner sept fois sa langue dans sa bouche » et le style oratoire est communément Ainsi, la considération de l'unité quantitative, cet éclair d'une révélation, met en évidence dans les versets du Coran, page 104 Jes indices d'un ordre, d'une réflexion, d'une volonté qu'on est impuissant à expliquer par les seules données historiques et psychologiques établies en ce qui concerne le « moi » mohammadien. ASPECT LITTERAIRE DU CORAN L'aspect littéraire du message qui avait constitué aux yeux des exégètes traditionnalistes le principal sujet d'étude, perd, de plus en plus, de son importance à notre époque, plus scientifique que littéraire. En effet, la possession imparfaite du génie de la langue précoranique, ne nous permet pas de juger pertinemment de la transcendance du style dans le Coran. Cependant, un verset qui mérite notre attention apporte sur ce point un renseignement historique des plus importants. Précisément, le Coran prétend explicitement à cette transcendance par laquelle il entend subjuguer le génie littéraire de son époque. Il lance aux contemporains, ce défi stupéfiant ; « Apportez une seule sourate semblable et demandez, pour cela, l'appui de tous ceux que vous pouvez invoquer en dehors de Dieu, si vous êtes sincères ». (Cor. X, 38). Or, l'histoire n'a pas mentionné que ce défi ait jamais été relevé. On peut en conclure qu'il était demeuré sans réplique et en déduire que le « miracle » littéraire avait effectivement subjugué le génie de l'époque. Mais nous avons, en ce qui nous concerne, d'autres ressources pour porter un jugement, même sur cet aspect particulier de la question. L'âme bédouine est essentiellement mélomane : ses aspirations, ses mouvements, ses élans, se traduisent dans une expression musicale rythmée : le vers arabe dont le mètre sera le pas précipité ou long du chameau. La prosodie arabe est elle-même d'essence bédouine et le génie littéraire arabe trouvera naturellement son expression dans la poésie. Cette langue mélodieuse, à travers laquelle fusent les hennissements des coursiers, se répercute le cliquetis des armes « en acier hindou », et où tonne, ici et là, le cri de guerre des « Fityan » (Chevaliers), exprimera surtout l'exaltation épique d'un Antar ou l'ivresse lyrique d'un Imrou — El Kais. Comme nous le verrons plus loin, sa métaphore emprunte ses éléments à un ciel sans nuages et à un désert sans bornes, que traverse le vol précipité d'un « Kata » ou l'élan gracieux d'une gazelle. Elle n'exprime aucune hantise mystique ou métaphysique. Elle ignore les subtilités de la dialectique et les abstractions de la pensée philosophique, scientifique ou religieuse. Sa terminologie est celle qui correspond aux besoins simples de la vie extérieure et intérieure d'un Bédouin, non pas d'un sédentaire. Tels sont les caractères généraux de cette langue djahilienne, idolâtre, nomade et continentale, que le Coran va plier néanmoins à son génie propre pour exprimer une pensée universelle. Et d'abord, il adoptera pour expression de cette pensée une forme nouvelle : la phrase. Le verset coranique va reléguer le vers bédouin ; mais le rythme va y subsister quand même : II s'est libéré seulement du mètre, il s'est amplifié... Des témoignages de l'époque, que la tradition a consignés, nous fournissent d'amples renseignements sur le charme irrésistible que les versets exerçaient sur les âmes bédouines. Omar lui-même se convertira sous l'effet de ce charme tandis que Walid Ben Mugheira, qui incarnait l'éloquence et l'orgueil littéraire de son époque, exprimait ainsi son opinion sur « le sortilège du Coran » : « Ce que j'en pense ? disait-il à Abou Djehl qui l'interrogeait, par Dieu, je pense que rien ne lui ressemble... Il est quelque chose de trop élevé pour être atteint ». Naturellement, cette langue arabe qui n'avait exprimé jusque-là que le génie des primitifs du désert, doit notablement s'enrichir pour répondre aux exigences d'un esprit placé désormais — et d'un seul coup — devant les problèmes métaphysique, juridique, social et même scientifique. Or, un tel phénomène philosophique est unique dans l'histoire des langues : il n'y a pas eu pour la langue une évolution progressive, mais quelque chose comme une explosion révolutionnaire aussi soudaine que l'était le phénomène coranique. La langue arabe est passée d'un seul bond du stade dialectal primitif à celui d'une langue techniquement organisée pour véhiculer la pensée d'une nouvelle culture et d'une nouvelle civilisation. Certains exégétes pensent que le Coran ne s'est jamais servi de termes étrangers à la langue du Hidjaz. Pourtant, il me semble évident qu'il y a eu des néologismes coraniques : notamment des termes araméens pour désigner des concepts nouveaux spécifiquement monothéistes comme celui de « Malakut » ou des noms propres comme « Jalut, Harut et Marut ». Sous le rapport linguistique, le Coran semble bien avoir apporté sa terminologie propre et l'avoir créée d'une manière instantanée et originale. Ce phénomène a créé, au point de vue littéraire comme au point de vue philologique, une nette démarcation entre la langue djahilienne et la langue arabo-islamique. Cette conclusion ne peut-être infirmée par l'hypothèse gratuite de l'éminent orientaliste Margoliouth, car le débat a été clos en Egypte par les doctes travaux de l'école des Rafi'i et l'hypothèse du savant anglais n'a plus cours que dans certaines études tendancieuses. On peut d'ailleurs se représenter comment et pourquoi on aurait spontanément inventé un genre littéraire aussi puissant que la poésie djahilienne en créant même les mythes de ses auteurs. Cela ne peut pas s'expliquer. Quoi qu'il en soit, la question philologique que pose le Coran mériterait à elle seule une étude sérieuse embrassant tous ses néologismes et tous ses technologismes dans le domaine eschatologique notamment. Il y aurait là, pour l'exégèse, un domaine qui ne serait pas le moindre où l'on puisse constater l'ampleur du phénomène coranique. En effet, pour introduire dans la langue arabe sa pensée religieuse et ses concepts monothéistes, le Coran a dû fatalement déborder le cadre classique de la littérature' djahilienne. En fait, il a réalisé dans la littérature arabe un véritable bouleversement en changeant l'instrument technique de son expression : d'une part, il a remplacé le vers métrique par la période rythmée et, d'autre part, il a apporté une pensée neuve avec l'introduction de concepts et de thèmes nouveaux, pour raccorder la culture djahilienne au courant monothéiste. Mais les notions de ce courant ne sont pas simplement traduites par le Coran. Elles sont assimilées et adaptées par lui à la culture arabe. C'est le cas, par exemple, du concept évangélique « Royaume de Dieu » qui ne trouve pas seulement admis comme tel : auparavant il est adapté par le Coran sous une forme particulière qui lui donne son originalité islamique. Le mot « Royaume » équivalent de l'arabe « Moulk », est assimilé par le Coran sous le vocable « Ayyam » (jours). Par cette adaptation, le Coran évite opportunément la confusion qui serait née de l'équivalence entre les termes « Royaume = Domaine = Moulk » ou création qui aurait changé notablement l'esprit du concept évangélique. Le Coran l'a rendu heureusement, par l'expression originale, «Ayyam El-Lahi », que n'aurait pas trouvé le plus habile traducteur. On peut faire les mêmes remarques en ce qui concerne tous les autres concepts bibliques que le Coran a transposés en langue arabe, tel celui d'Esprit Saint assimilé également et rendu par l'expression heureuse : « Rouh-EI-Koudouci. » Cor. XVI, 102. Toute la terminologie du monothéisme que le Coran a ainsi introduite, a subi auparavant une adaptation originale, comme il en a été du nom propre « Putiphar », ce personnage biblique que la version coranique nomme « El-Aziz » dans le récit de Joseph. On pourrait se demander s'il y a une correspondance sémantique entre le nom biblique et le terme coranique. Or, l'exégèse hébraïque semble assigner au mot Putiphar, une étymologie égyptienne à partir de Dans un cas comme dans d'autre, l'adaptation coranique étymologique, bien qu'elle en ait éliminé le terme complémentaire — génitif ou qualificatif — comme pour l'assimiler sous une forme plus conforme à l'esprit monothéiste islamique : Aziz = favori (1 page 108) Cette adaptation qui entre autre, a évité la difficulté de rendre phonétiquement l'initiale « P » du nom biblique, a apparemment résolu un problème philologique d'un « ignorant » de l'egyptologie n'aurait su résoudre même s'il s'y était appliqué consciemment. CONTENU DU MESSAGE L'ampleur du thème coranique et sa variété sont uniques. Selon la lettre même du Coran : « Rien n'y est omis ». Il relate depuis « L'atome d'existence scellé au sein d'une pierre gisant au fond des mers » jusqu'à l'astre qui bondit « sur son orbite vers son but assigné ». Il scrute les moindres recoins obscurs du cœur humain, plonge dans l'âme du croyant et du mécréant un regard qui saisit les plus imperceptibles mouvements de cette âme. Il se tourne vers le passé lointain de l'humanité et vers son avenir pour lui enseigner les devoirs du présent. Il brosse un tableau saisissant du drame perpétuel des civilisations sur lequel il nous invite à nous pencher nous-mêmes pour nous « préserver de l'erreur ». Son enseignement moral est une conclusion d'un examen psychologique approfondi de la nature humaine dont il nous signale les faiblesses qu'il stigmatise, les vertus qu'il nous invite à admirer à travers la vie des prophètes : ces héros et ces martyrs de l'épopée céleste. Sur ces données, il encourage le repentir sincère du croyant par la promesse du pardon, base de la morale rénumératrice des religions révélées. Devant un tel gigantesque panorama, un philosophe comme Thomas Carlyle ne peut pas contenir son émotion et un cri d'admiration part du fond de son être : « c'est un écho, s'écrie-t-il en parlant du Coran, jailli du cœur même de la nature » (1 Thomas Carlyle : « Le Livre des Héros ».). Dans ce cri du philosophe, il y a plus que la sèche pensée de l'historien, quelque chose comme la confession spontanée d'une haute conscience humaine saisie de vertige devant la grandeur du phénomène coranique. L'esprit humain demeure en effet confondu devant l'étendue et la profondeur du Coran : monument solitaire, avec une architecture et des proportions qui défient la puissance créatrice de l'homme. Le génie humain porte nécessairement la marque de la terre où tout est soumis à la loi de l'espace et du temps. Or, le Coran déborde constamment le domaine de cette loi et par cela même, il ne saurait être conçu dans les dimensions étroites du génie humain. Après une attentive lecture du Coran, quand on a pris conscience de l'ampleur de son thème, on ne peut plus concevoir le « moi » mohammadien qu'en simple intermédiaire d'une intelligence métaphysique absolue. D'ailleurs, ce « moi » y occupe vraiment peu de place ! Le Coran parle rarement de l'Histoire humaine de Mohammed : les plus grandes douleurs de celui-ci comme ses plus grandes joies terrestres n'y sont pas évoquées. On conçoit cependant l'événement tragique qu'à dû être pour lui, au début de sa carrière prophétique, la perte de son oncle et celle de son épouse. On peut imaginer la résonnance particulière d'un pareil événement dans la vie d'un homme qui, jusqu'à ses derniers instants, pleurait Khadidja ou Abou Taleb quand leurs noms étaient évoqués devant lui. Cependant on ne trouve nul écho de leur mort dans le Coran : même pas le nom de la tendre épouse qui avait reçu dans les langes que formaient ses nattes déliées, l'éclosion de l'Islam naissant. Ce point nous semble essentiel pour étude psychanalytique du thème coranique qui a depuis longtemps fixé l'attention des orientalistes à des titres et pour des mobiles très divers. Il est un aspect particulier du Coran qui a fourni une abondante matière au débat de ces savants ; et cet aspect-là mériterait d'être examiné ici sommairement pour fixer l'attention du lecteur. Il s'agit des similitudes frappantes qu'on n'a pas manqué de remarquer entre la Bible et le Coran. RAPPORT CORAN-BIBLE Dans le débat sur ce rapport, on n'a pas su ou voulu tenir compte de toutes les données du problème, ni de ses autres aspects. Or, outre que la similitude considérée n'est pas le trait unique, ni le plus essentiel dans le Coran, celui-ci se réclame hautement de la lignée biblique. Il revendique constamment sa place dans le cycle monothéiste et, par cela même, il affirme solennellement les similitudes qu'il peut avoir avec le « Pentateuque » et l'Evangile. Il se réclame expressément de cette parenté et la rappelle au besoin à l'attention du Prophète lui-même. Voici, entre autres, un verset qui accuse particulièrement cette parenté : « Ce Coran ne saurait être attribué à quelqu'un d'autre que Dieu. Mais il est la confirmation de la vérité des Ecritures antérieures, l'explication du Livre, sans nul doute, il provient du Seigneur des Mondes ». Cor. X, 38. Toutefois cette parenté laisse bien au Coran son caractère propre : sur beaucoup de points, il semble compléter ou même corriger la donnée biblique. Tout en affichant ostensiblement ses similitudes et sa parenté avec les écritures antérieures, le Coran n'en conserve pas moins sa physionomie propre dans chaque chapitre de la pensée monothéiste. METAPHYSIQUE Au point de vue métaphysique, la pensée monothéiste tend essentiellement à affirmer l'unité de Dieu. Il est la cause unique qui intervient dans la Genèse et dans l'évolution des phénomènes qu'il régit grâce aux attributs de sa toute puissance : Eternité, volonté, science, etc.. Cependant, l'Islam va dégager son propre système métaphysique d'une manière plus rationnelle, surtout plus rigoureuse et dans un sens plus spiritualiste. En effet, les Ecritures hébraïques révèlent un certain anthropomorphisme probablement survenu d'une manière accidentelle à la suite du « syncrétisme signalé au chapitre du « Mouvement Prophétique ». Cet anthropomorphisme apparaît nettement dans le rêve de Jacob, relaté dans la Genèse : « ...Puis, l'Eternel apparaissait au sommet (de l'échelle) et disait : « Je suis l'Eternel, le Dieu d'Abraham » Gen. XXVIII : 12, 13.- (Le Pentateuque : Trad. du Grand Rabbin L. Wogue, Paris 1933.) D'autre part, l'enseignement rabbinique avait fondé sur la Promesse faite à Abraham et sur le privilège de l'élection de Jacob tout un système religieux nationaliste : Dieu y était, à quelque chose près, une divinité nationale. Si bien, d'ailleurs, que l'essence du mouvement prophétique depuis Amos jusqu'au Second Esaïe, sera précisément une réaction violente contre cet esprit particulariste : tous les prophètes comme Jérémie qui appartiennent à ce mouvement réformiste feront des efforts afin de rétablir Dieu dans ses droits universels. Par ailleurs, de son côté, la pensée chrétienne fait apparaître une entité humaine dans les hypostases divines : un dogme se trouve posé, celui « du Dieu vivant fait homme ». Née de ce dogme, l'exégèse chrétienne, empruntant à la culture musulmane la dialectique aristotélicienne, créera tout un système théologique trinitaire, fondé sur le mystère de la Trinité. Or, la thèse coranique a tiré, d'un seul coup, l'ultime conclusion de la pensée monothéiste : Dieu est UN indivisible et universel. Elle dégage ainsi Dieu — et d'une manière décisive — du particularisme judaïque et du pluralisme chrétien. Dans une sourate de quatre versets, le dogme essentiel de l'Islam unitaire est posé sans ambigüité : « Dis : « Dieu est UN. C'est le Dieu à qui tendent tous les êtres. Il n'a point été enfanté et n'a point engendré d'enfants : il n'a point de semblables ». Cor. CXII. Dans ces versets, ce qui constitue le trait propre de la pensée coranique apparaît nettement : la pluralité et l'anthropomorphisme sont irrévocablement condamnés. Quant à l'affinité monothéiste, elle est dans l'esprit sinon dans la lettre de ces versets. De toute façon, la base doctrinale est ainsi clairement posée pour les études théologiques qui vont éclore et se développer dans l'Islam pour passer de là au christianisme avec Saint Thomas d'Aquin, et au Judaïsme avec Maïmonide. Toute une philosophie religieuse d'essence coranique va pénétrer la culture monothéiste, et on ne sait pas jusqu'à quel point tous les remous ultérieurs de la pensée chrétienne, depuis le mouvement albigeois jusqu'à celui de la Réforme, ne sont pas imputables comme conséquence plus ou moins directe, à la conception métaphysique du Coran. Aussi est-ce nier l'évidence qu'ignorer le trait original de cette conception et sa portée sur l'évolution du problème religieux dans le monde judéo-chrétien. C'est aussi nier l'évidence de toute la somme théologique issue de l'Islam, de dire avec le « R.P.G. Théry : « Le Prophète a formellement interdit tout usage de la raison discursive dans le problème religieux... l'existence de Dieu ne se prouve pas... L'Idjtihad... ou la poussée de l'esprit — ne rentre pas dans les directives originelles du Coran ». (1 « Entretien sur la philosophie musulmane et la culture française » par R.P.G. Théry, professeur à l'Institut catholique de Paris. Page 25) Dire cela, c'est raisonner sur des données chrétiennes et conclure sur un problème musulman. Malheureusement, c'est bien là souvent, l'habitude, dans certaines études où l'auteur comme l'éminent professeur Guignebert, après avoir examiné les éléments marquant « l'évolution du dogme » judéo-chrétien, conclue de la manière la plus inattendue à l'évolution du dogme musulman (2 Guignebert : « L’évolution du dogme »). ESCHATOLOGIE La survie de l'âme, cette notion essentielle de la culture monothéiste, entraine des conséquences logiques : fin du monde, jugement dernier, paradis, enfer. Il y a là tout un domaine sur lequel les écritures hébraïques, soucieuses de l'organisation terrestre du premier milieu monothéiste, n'ont jeté qu'une faible lueur. L'Evangile l'éclairé davantage, en insistant particulièrement sur le « Royaume de Dieu » : enseignement qui s'adresse à un milieu monothéiste déjà évolué. Le Coran va donner à ce domaine de l'eschatologie un relief saisissant. Le drame de la survie est raconté avec une telle émotion, un tel accent pathétique, dans un style si éloquent, émaillé de visions si impressionnantes, qu'il n'est pas possible, même de nos jours, de rester indifférent devant son fantastique déroulement. Les scènes eschatologiques y sont d'une réalité saisissante. Les personnages parlent et agissent : anges et Satans, élus et damnés, sont d'un réalisme qui n'omet pas même le détail psychologique, ni aucune parole propre à marquer la grandeur de l'Heure solennelle. Le temps lui-même est amplifié : le jugement est rendu « en un jour équivalent à cinquante mille années » terrestres. Et pour marquer le dénouement pathétique de ce drame dantesque, « un rempart surgit : d'une part, la félicité, et, de l'autre, le tourment ». C'est là le séjour éternel des bienheureux et des damnés. Aucun panorama n'est pareillement animé et plus coloré que celui qui se déroule ainsi dans de nombreuses sourates du Coran. C'est à ce panorama que, six siècles plus tard, le génie de Dante empruntera les tableaux fantastiques de sa « Divine Comédie », à travers COSMOLOGIE Dans le livre de la Genèse, nous assistons à un mode impératif de création : « Dieu dit : « Que la Lumière soit » et la Lumière fut ». Gen : 1 : 3. Ce mode nous est rappelé d'une manière saisissante par le « Koun Fa Yakounou » du Coran. Voilà une similitude frappante. Mais le Coran signale constamment à notre attention le processus de ce « Takwine » impératif : D'abord l'unité de la matière primordiale : « certes le ciel et la terre formaient un tout que Nous (Dieu) avons scindé ». Cor. XXI - V. 30. Puis l'état initial de cette matière : « Dieu étendit son empire sur le ciel qui était en état de fumée... Cor. XLI, 10. Puis Dieu assigné « à chaque astre » son orbite et son but, répartissant ainsi la matière dans l'espace et créant, par la même, toutes les lois qui régiront le phénomène physique. Puis le phénomène biologique : « Nous avons créé de l'eau, « toute chose vivante » Cor. XXI. - V. 30. Beaucoup d'autres traits achèvent ce tableau schématique de la cosmogonie coranique. Quoi qu'il en soit, l'acte créateur initial est un acte verbal, et ce mode de création a de quoi choquer des idées reposant sur le postulat de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd... ». Cela signifie qu'on ne peut rien créer à partir de rien. Cependant, il faut bien considérer que du point de vue purement logique, il n'y a aucune incompatibilité irréductible entre la raison et le principe créateur du « Koun Fa Yakounou ». Certes, aucun mortel ne pourrait en donner une preuve expérimentale : pour la religion néanmoins, Dieu seul détient le secret du « Takwine » par le « Koun ». Mais à priori, y a-t-il dans ce concept, quelque chose d'irrémédiablement opposé à la conception scientifique ? Qu'on veuille bien considérer à quoi se résout, en dernière analyse, la matière : substance et support de tout ce qui est; Les physiciens répondent : à une forme de l'énergie. Mais le Verbe lui-même, ne peut-il pas être interprété comme une forme de l'énergie, l'énergie par excellence, puisqu'elle est créatrice ? N'a-t-on pas le droit de regarder la matière dans son ensemble, comme une simple transformation d'un « Koun générateur ?» MORALE La morale religieuse, pour autant qu'il n'y ait pas là un non-sens, fonde les actions de l'homme sur l'intérêt personnel immédiat. On en a fait la base du système laïque. Certes, l'intérêt personnel compte encore dans la morale monothéiste : mais il y est plus altruiste. En fait, il s'agit plutôt d'un mérite de l'individu plutôt que de son bénéfice. En vue de ce mérite, le Pentateuque formule la première charte morale de l'humanité dans ses dix commandements, et l'Evangile donne ses directives dans les « Sermon de la Montagne ». Ici et là, il s'agit d'une morale surtout négative prêchant l'abstention à faire le mal, dans un cas, et à ne pas réagir contre le mal, dans l'autre. Le Coran va précisément apporter, pour compléter la morale monothéiste, un principe positif essentiel : il faut combattre le mal. Il dit à ceux qui pratiquent sa morale : «Vous êtes le meilleur peuple : Celui qui ordonne le bien et réprime le mal ». A un autre point de vue, le Coran rajuste encore la notion de rémunération qui est la base de la morale monothéiste. D'après le professeur A. Lods, il faut attendre Ezéchiel pour voir se dégager dans le Judaïsme, la valeur religieuse de l'individu. Jusque là, le devoir, avec ses conséquences morales, incombe surtout à la nation qui attend sa rémunération dans le triomphe temporel du « Jour de Yahvé ». L'Evangile, au contraire, fixera toute la rémunération dans le « Royaume de Dieu », en sorte que la morale devient eschatologique et, par voie de conséquence, intégralement individualiste. Il semble cependant que l'enseignement du Coran s'édifie à la fois sur la valeur morale de l'individu et sur la destinée terrestre du groupe. Pour l'individu, le mérite est rémunéré au jour du jugement dernier en vue duquel le Coran dégage nettement la valeur religieuse de l'individu, dans le verset suivant : « Laisse-moi (seul) avec celui que j'ai créé seul ». Cor. LXXIV - V. II. Pour le groupe, la rémunération est immédiate : elle intéresse son histoire ici-bas. Le Coran nous invite d'ailleurs fréquemment à considérer cette rémunération terrestre dans les vestiges des nations et de leurs civilisations détruites : « Partez, dit-il, par le monde pour considérer les vestiges de ceux qui ont nié (nos ordres) ». Cor. VI - V. II. Et le Coran apostrophe les nations dans cet autre verset : « Que ne voient-ils combien de peuples nous avons détruit avant eux et qui étaient cependant bien plus puissants ? » Cor. VI - V. 6. SOCIOLOGIE La loi mosaïque a pour but essentiel de poser les principes d'une société monothéiste naissante et de raffermir les liens entre ses individus perdus dans la masse des peuples paganistes. Par conséquent, les problèmes sociologiques y sont surtout envisagés d'un point de vue israélite intérieur. La loi d'Amour de l'Evangile ouvrira un peu plus le cercle de la charité chrétienne aux Gentils. Le Coran posera textuellement le problème sous l'angle humain le plus général : « Quiconque aura attenté à une vie sera (jugé) comme s'il avait tué l'humanité entière » et « quiconque aura sauvé une vie, sera (jugé) comme s'il avait sauvé l'humanité entière ». Cor. V., 34. Une des conséquences les plus remarquables de ce principe général sera de poser, pour la première fois dans l'histoire humaine, le problème de l'esclavage. L'émancipation de l'esclave était une étape nécessaire vers l'abolition de l'esclavage, qui fut une base essentielle de l'activité dans les sociétés antiques. Or, le Coran fait de l'émancipation de l'esclave un précepte moral général et, dans le cas du péché véniel, elle devient la condition légale de Là aussi, on constate la similitude du Coran avec les écritures antérieures, mais on constate aussi le trait particulier de sa physionomie propre. CHRONOLOGIE DU MONOTHEISME La religion d'Abraham a son histoire qui embrasse les faits et gestes des prophètes. C'est peut-être là le chapitre où l'on trouve les similitudes les plus frappantes du Coran avec les écritures judéo-chrétiennes : les biographies se succèdent depuis Abraham jusqu'à Zaccharie, Jean-Baptiste, Marie et Jésus. En partie, le Coran réédite cette chronologie. Mais là encore, il apporte des matériaux qui lui sont propres : Houd, Salah et sa chamelle, Lokman, les Dormants du Kahf, Dhou-EI-Karnain, etc.. Néanmoins, la similitude est ici tellement frappante, comme nous allons le voir dans le récit de Joseph, qu'elle ne manque pas de poser un grave problème à la critique : du temps même du prophète, on n'a pas manqué d'ailleurs d'agiter certaines objections qu'on reprend de nos jours, treize siècles plus tard. En effet, si l'on faisait abstracion systématique de la valeur surnaturelle du Coran, et si l'on passait, systématiquement, sous silence ses autres données, la similitude en question demeurerait une énigme incompréhensible. Pour s'en rendre compte il faudrait dresser le tableau synoptique de toutes ces similitudes. En fait, un exemple suffira : le récit de Joseph, qui servira de critère pour un examen critique de la question.
RESULTAT COMPARATIF DES DEUX VERSIONS Dans ce récit, que nous venons d'exposer, il y a lieu, tout d'abord, de comparer quelques éléments similaires dans les deux versions, de manière à faire ressortir comparativement le caractère propre du Coran. Puis, on doit poser le problème de cette similitude — Coran-Bible — qui intéresse plus particulièrement notre sujet. La trame de l'histoire est la même, exactement la même, dans les deux versions. Cependant, un examen sommaire révèle des éléments propres à caractériser chacune en particulier : Tout d'abord la version coranique baigne constamment dans un souffle spiritualiste qu'on sent dans les traits et les paroles des personnages qui animent la scène coranique. Il y a plus de ferveur religieuse dans les propos et les sentiments du Jacob coranique : il est plus prophète que père. Et ce caractère du personnage apparaît notamment dans sa manière d'exprimer son désespoir quand il apprend la disparition de Joseph. Il apparaît également dans sa manière d'exprimer l'espoir lorsqu'il encourage ses enfants de persévérer à rechercher encore Joseph et Benjamin. La femme elle-même de Putiphar y parle un langage qui sied à une conscience humaine gagnée par le repentir et vaincue par l'innocence et la probité d'une victime : la pécheresse confesse à la fin sa faute et fait son mea-culpa. Dans la prison, Joseph parle un langage hautement spirituel aussi bien avec ses codétenus qu'avec le chef de la prison : il parle en prophète qui accomplit sa mission auprès de toute âme qu'il estime devoir sauver. Par ailleurs, la version massorétique surcharge quelque peu le caractère de personnages égyptiens — par conséquent des idolâtres — par des traits hébraïques : l'intendant de la prison parle comme un monothéiste. (1 Pentateuque. — Chapitre XLIII : 24.) Dans la partie orino-critique du récit, l'allégorie de la famille se dessine moins bien : « les épis vides engloutissent les épis pleins » (2 N.D.L : La version catholique dit : « Les épis pleins dévorent, etc.. »). Dans la version coranique, par contre, ils leurs succèdent simplement. De même, la version massorétique révèle-t-elle des anachronismes qui peuvent d'ailleurs marquer le caractère apocryphe du passage en question. C'est le cas, par exemple, du passage suivant : « ...Les Egyptiens ne mangent pas en commun avec les Hébreux : cela étant une abomination en Egypte. » (1 Pentateuque : Chapitre XLIII : 32) On peut dire avec certitude que ce verset est dû à la plume d'un copiste soucieux de rappeler la période des épreuves pour Israël en Egypte, c'est-à-dire, bien après Joseph. De même, les frères de Joseph utilisent-ils pour leur voyage en Egypte des « ânes » au lieu de « chameaux » dans la version coranique. Or l'usage des ânes ne peut avoir été fait par les Hébreux qu'après leur installation dans la vallée du Nil, quand ils devinrent sédentaires. L'âne est une bête de population sédentaire et en tout cas impropre à franchir de grands espaces désertiques pour venir de Palestine. D'ailleurs, jusqu'à Joseph, les descendants d'Abraham vivent encore à l'état patriarcal et nomade comme pâtres de « menu et gros bétail ». Enfin le dénouement même du récit a un caractère nettement chronologique dans la version massorétique où il s'agit, dans les derniers chapitres que nous avons cru devoir retrancher pour éviter une longueur inutile, de détails matériels, de l'installation des Hébreux en Egypte. Dans le Coran, ce dénouement est plus particulièrement en rapport avec le caractère exceptionnel du personnage central, Joseph, qui conclue : « O, Mon père, ceci était bien le sens de mon songe de jadis : Dieu l'a réalisé et m'a comblé en me faisant sortir de prison et en vous amenant du désert après que Satan nous eût séparés. Dieu est infiniment bon : il est savant et sage. » V. : 100 Données Coraniques dans le récit de Joseph
Données Coraniques dans le récit de Joseph (suite)
Données Coraniques dans le récit de Joseph (suite)
EXAMEN CRITIQUE DE LA QUESTIONQuelle que soit la divergence notée entre les deux versions, leur parenté demeure toutefois évidente, et elle n'a pas manqué à toutes époques, d'inspirer à la critique les objections les plus diverses. Ces objections peuvent se résumer en deux hypothèses : 1°) Le Prophète s'est-il simplement imprégné à son insu de la pensée monothéiste qu'il aurait inconsciemment assimilée à son génie propre, pour la mouler ensuite dans le verset coranique ? 2°) Le Prophète s'est-il instruit des écritures judéo-chrétiennes par une information directe personnelle et consciente, en vue de la composition ultérieure du Coran ? Voilà le grave problème posé. Pour le résoudre, il faut examiner successivement ces deux hypothèses, au point de vue historique et psychologique à la fois. Il serait utile pour l'intelligence de ce chapitre de se reporter aux données et conclusions recueillies sur le « moi » mohammadien dans le premier critère. EXAMEN DE Cette hypothèse se scinde en deux parties : d'une part, l'existence dans le milieu djahilien d'une influence judéo-chrétienne et, d'autre part, la manière dont cette influence a pu se traduire dans le phénomène coranique. Or, toutes les recherches destinées à déceler la trace de cette influence dans le milieu arabe pré-coranique, n'ont apporté aucun résultat positif. Ce milieu se révèle dans sa littérature et dans son folklore comme celui d'un analphabétisme général : c'était un milieu « d'Ummiyyin », selon l'expression historique du Coran qui dit, s'adressant aux Arabes djahiliens : « Ainsi avons-nous envoyé « parmi vous un prophète qui vous lira Notre enseignement, « afin de vous parfaire et de vous apprendre le Livre et la « sagesse que vous ne connaissez point. » Cor. Il-V 151. Les documents écrits de cette époque sont rares : sa pensée ainsi que son folklore, n'étaient fixés que par une tradition orale qui en a d'ailleurs transmis l'essentiel aux siècles des lettres et des sciences musulmanes. Mais le Coran constitue, sur cette époque djahilienne, un document écrit d'une authenticité indiscutable. Or, ce document unique, confirmé par la tradition orale, ne nous apprend rien quand à l'existence d'une pensée monothéiste diffuse dans le milieu djahilien. Au contraire, il souligne à plusieurs reprises l'inexistence de toute influence religieuse à l'époque pré-coranique. En effet, s'adressant cette fois à Mohammed lui-même, le Coran lui signifie sa mission « afin, lui dit-il que tu leur « enseignes (aux Arabes), le Livre et la sagesse ». Voilà bien Mohammed explicitement désigné comme le premier maître, ès-monothéïsme, pour l'Arabie. Ce verset est confirmé tout au long du Coran : notamment dans l'histoire de Noé, qui finit par cette conclusion significative n Ces récits que nous te révélons relèvent de l'Inconnu que ni toi ni ton peuple ne connaissaient auparavant » Cor. XI, 49. Le récit lui-même de Joseph, que nous venons d'exposer est encadré par les versets (3) et (101) qui ont le même caractère historique que les précédents, à savoir : l'affirmation de l'inédit pour le milieu arabe de toute la chronologie monothéiste. Or, quelle serait la valeur dialectique de tous ces versets, de toutes ces affirmations, aux yeux des contemporains de Mohammed et de ce dernier lui-même, si de tels témoignages n'étaient que des déclarations contredites par la réalité de l'époque ? Or, cette réalité — contrôlable pour tous les contemporains de Mohammed, explicitement pris à témoin dans les versets ci-dessus — n'est pas autre chose que l'absence affirmée avec force par le Coran, confirmée par la tradition orale, de toute influence judéo-chrétienne dans la culture djahilienne. Au début de ce siècle, les Pères Jésuites de Beyrout avaient fait de très importantes recherches à ce sujet, pour faire la part des « poètes chrétiens dans la Djahilia ». Ces recherches n'ont abouti qu'à une imposante compilation littéraire, qui n'a de chrétien que le titre, que nous venons précisément de mettre en italique. Cet imposant travail a eu notamment le résultat remarquable et inattendu, de prouver le contraire de ce que voulaient ces auteurs. D'autre part, il y a lieu de noter que, ni à la Mecque préislamique, ni dans ses environs, on n'a enregistré aucun centre culturel monothéiste qui ait pu diffuser la pensée biblique, que nous trouvons exprimée dans le Coran. On cite quelques cas de hanifs qui auraient pu exercer une certaine influence spirituelle sur le milieu où s'est formé le « moi » mohammadien. Or Mohammed, lui même, fut « hanif » avant sa mission et les versets qui ont trait à son « ignorance des écritures » s'appliquent forcément aux autres « hanifs ». D'ailleurs, le « hanif » était lui-même un cas exceptionnel, dans un milieu essentiellement païen. Il est même à noter, sur ce point, que ce milieu n'a pas beaucoup évolué depuis, malgré l'empreinte séculaire de l'Islam. Dans une remarquable étude sociologique, un auteur arabe moderne, a posé précisément la question qui nous intéresse : « Le Christianisme et le judaïsme, se demande cet auteur, ont-ils préparé l'Islam ? » (1 Dr Bichr Farès : « L'Honneur chez les Arabes avant l'Islam » p. 175). Et il répond négativement en s'appuyant notamment sur une remarque du P. Lammens qui attribua l'inexistence de l'influence du christianisme « à la situation excentrique de ses adeptes arabes, à l'opportune surveillance d'une hiérarchie ecclésiastique organisée. » D'autre part, si la pensée judéo-chrétienne avait réellement pénétré la culture et le milieu djahilien, l'absence d'une traduction arabe de la Bible ne s'expliquerait pas. (1) En ce qui concerne le Nouveau Testament, un fait est certain. Au quatrième siècle de l'Hégire, il n'en existait pas encore de traduction arabe. Nous le savons par le recoupement de Ghazali qui dut recourir à un manuscrit copte pour rédiger son « Rad ». (2 Ghazali : « Réfutation courtoise de la divinité de Jésus, d'après les Evangiles ».) Et le R.P. Chidiac, qui, pour traduire l'ouvrage du philosophe arabe, dut rechercher, dans toutes les directions, les sources évangéliques qui avaient pu servir à la composition du « Rad », signale comme première rédaction d'un texte chrétien en arabe, un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg rédigé vers 1060 par un certain Ibn El-Assal. Ainsi, il n'existait pas de traduction, arabe de l'évangile à l'époque de Ghazali, et à fortiori, n'en existait-il pas à l'époque pré-coranique. Pouvait-il exister néanmoins une traduction de l'Ancien Testament ? Le Coran qui nous rapporte l'écho d'une controverse entre Mohammed et certains membres de la communauté israélite de Médine, dit à l'adresse de ceux-ci «Apportez le Pentateuque et lisez-le pour montrer si vous êtes véridiques». Cor. III. V. 93. N'est-ce pas là l'indice qu'il n'y avait pas de lecteurs arabes de l'hébreu, d'une part, et qu'il n'y avait pas de texte arabe du Pentateuque, d'autre part ? Par conséquent, rien n'est plus improbable que l'existence d'une influence monothéiste faute de source judéo-chrétienne écrite dans le milieu djahilien. En sorte qu'il est impossible de conclure une imprégnation inconsciente du «moi» mohammadien dans ce milieu. EXAMEN DE Cette hypothèse imputerait à Mohammed une information directe et personnelle sur les Ecritures, préalablement au Coran. Elle aurait, par conséquent, deux significations psychologiques possibles : 1 °) Mohammed se serait informé d'une manière systématique pour composer sciemment le Coran. 2°) II se serait informé (ou bien, il aurait été informé) et aurait utilisé inconsciemment les matériaux ainsi mis à sa disposition. La première hypothèse est insoutenable eu égard à la conclusion générale sur le prophétisme et à la conclusion particulière sur le «moi» mohammadien, relativement à la sincérité et à la conviction personnelle de Mohammed sur lesquelles nous avons clos le débat dans les chapitres précédents. En ce qui concerne la seconde supposition, les mêmes considérations sur le «moi» mohammadien obligent à lui donner un sens psychologique plus précis. En raison de ce qui a été établi au premier critère, on est obligé de regarder l'information directe et personnelle de Mohammed comme un état de conscience oublié de lui-même. Dans ce cas, il s'agirait en somme d'un phénomène d'amnésie très curieux. Or, tous les détails de la vie privée ou publique de Mohammed témoignent chez lui d'une équation personnelle parfaite. En particulier, sa mémoire était prodigieuse à tout égard. Même dans l'état de réceptivité où il se trouve à l'instant de la révélation, sa mémoire fonctionne comme nous l'avons vu au premier critère et comme nous le verrons plus loin au paragraphe des «Oppositions». Il était, en effet, le premier conservateur des sourates qu'il avait récitées par cœur jusqu'à ses derniers instants. Un jour, on lui avait présenté pour la rançon d'un Mecquois, captif des Musulmans, un certain collier porté jadis par Khadidja. Mohammed le reconnut aussitôt et les larmes aux yeux, il libère l'idolâtre qui était son gendre, en lui disant de restituer l'objet à sa fille. Cette mémoire auditive et visuelle prodigieuse qui caractérise chez lui le Prophète et le Chef, ne peut se concilier avec une amnésie, amnésie qui doit être considérée d'ailleurs comme lacunaire puisqu'elle n'embrasse pas tout le passé conscient du sujet, mais conserve seulement le souvenir de la source de son information sur les Ecritures et de sa manière de l'utiliser inconsciemment. Cette amnésie serait d'autant plus bizarre que le Prophète garderait, d'autre part, le souvenir parfait quant à l'objet de cette information, comme la sourate de Joseph, par exemple. Il faudrait noter une autre bizarrerie : cet «objet» n'est pas restitué dans une forme rigoureusement biblique : il reçoit auparavant la retouche coranique, dans le détail matériel ici, et dans le trait spirituel là, comme nous l'avons montré dans le tableau comparatif de la légende de Joseph. Enfin, les sources arabes d'information faisant défaut, comme nous l'avons vu, dans l'examen de la première hypothèse, il aurait fallu donc à Mohammed adapter l'objet de son information — prise à une source nécessairement étrangère — à l'expression coranique, par un choix préalable de termes arabes judicieux. Cette adaptation ne pourrait, en effet, s'opérer spontanément sans le concours des facultés conscientes du sujet. Pour toutes ces raisons, nous serions bien embarrassés devant un cas d'amnésie et d'inconscience lacunaires, qui ne s'explique pas en psychologie, à supposer même qu'un tel cas fut compatible, par ailleurs, avec les autres données du phénomène coranique. D'un point de vue historique, enfin, si cette source étrangère avait existé, pour l'information de Mohammed, elle ne pouvait qu'être orale et non écrite pour être à la portée d'un «Ummi». Nous aurions affaire, dans ce cas, à une sorte de «souffleur» chuchotant constamment à Mohammed - et à l'insu de celui-ci -toutes les paroles concernant sa mission. Le caractère absurde d'une pareille supposition apparaît en face de deux réalités indiscutables : la valeur coranique et la valeur du «moi» mohammadien. Ainsi, sous quelque aspect que nous considérions l'hypothèse en question, nous aboutissons à des contradictions historiques et psychologiques. On est obligé de conclure que les similitudes constatées ne sont imputables ni à une influence judéo-chrétienne diffuse dans le milieu djahilien, ni à une formation personnelle, consciente ou inconsciente, de Mohammed. Cette conclusion fondée jusque là uniquement sur la considération des similitudes, s'impose davantage si l'on considérait, d'autre part, les caractères propres du Coran. En effet, même dans la chronologie du monothéisme où le lien de sa parenté biblique est si étroit, le Coran n'en affirme pas moins son indépendance par de multiples traits caractéristiques, tels ceux que nous avons réunis dans le tableau comparatif de la légende de Joseph. C'est bien aussi le cas dans l'épisode du passage par les Hébreux de Or, ce récit est complété dans la version coranique par un détail inattendu et même extraordinaire, à savoir : le salut corporel de Pharaon échappant par miracle à l'engloutissement. Mais précisément, les égyptologues attaquent la version biblique en prétendant que la chronique des rois d'Egypte n'a pas enregistré la disparition, en mer Rouge, du Pharaon contemporain de Moïse. Constatons, maintenant, ce qu'en dit la version coranique : «Ainsi, tu (le Pharaon) crois et jusqu'à cet instant, tu as été rebelle et corrompu. Nous allons cependant te sauver de la mer dans ton corps, afin que tu sois un témoignage pour la postérité». Cor. XX - V : 91,92. L’exégèse biblique a cherché néanmoins la confirmation historique de la disparition du Pharaon de l'Exode dans les documents qui ont trait à la vie d'Amenhotep IV qui était le nom dynastique du personnage égyptien. M. Hilaire de Barenton s'appuie pour cela sur les «Mémoires de Moursil», un certain prince hittite. Celui-ci écrit, dans ses Mémoires: «La reine d'Egypte qui était grande adoratrice d'Amon envoya un messager à mon père et lui écrivit ainsi : «mon mari est mort et je n'ai pas de fils...» Mais le roi hittite dut rester sceptique quant à la mort du Pharaon, puisque la reine, selon le même texte lui écrit de nouveau : «Pourquoi as-tu dit : ils veulent me tromper... Tout le monde t'attribue beaucoup de fils ; donne m'en donc un afin qu'il soit mon mari et règne en Egypte». Nous avons souligné à dessein les données essentielles du document hittite qui sert de base à l'auteur pour conclure à la mort du Pharaon A cette conclusion, inspirée du souci de faire coïncider la thèse biblique avec la donnée historique, s'oppose l'opinion des égyptologues. Ceux-ci n'admettent pas la disparition d'Amenhotep IV, mais seulement un changement brusque de son nom en celui de Khuniaton et surtout sa métamorphose morale et politique qui suivit l'Exode. Il semble s'être opéré dans la vie du personnage égyptien une soudaine révolution. Voici ce qu'en écrit, en effet, Maspéro : «Tout d'un coup, en effet, ... ce pharaon se trouve métamorphosé en un autre personnage. Les cartouches royaux gardent le même nom, Suten Bâti Neferkhperra ouanra, mais le nom Sa-râ devient Râ-aten-Houti. De plus sa religion change ; il était pontif d'Amon, il devient pontif d'Aton-Râ... En conséquence, il quitte Thèbes, la ville d'Amon et s'en va à Khoutaton, ville nouvelle qu'il a dédiée à Aton, le Soleil, son dieu nouveau...» (1 cité par H. de Barenton : «Petite Histoire illustrée du Monde Ancien» page 42). Or, cette métamorphose n'est explicable que si un événement considérable, étrange même, a pu transformer aussi radicalement la vie du personnage comme ce serait le cas, par exemple, si celui-ci ayant vu l'engloutissement de son armée et se croyant lui-même englouti dans Et, il s'agirait bien, en somme, d'un salut corporel puisque Pharaon ne se convertit pas au Dieu de Moïse mais adopte seulement une métamorphose morale païenne signalée par les égyptologues. Que deviendrait, dès lors, le témoignage hittite et que signifierait, en particulier, la démarche de la reine ? Il est naturel que la métamorphose du Pharaon ait eu des conséquences jusque dans sa vie conjugale surtout que l'épouse est demeurée adoratrice d'Amon, alors que l'époux était devenu prêtre du Dieu soleil. Il s'en suit de là une scission religieuse, politique et conjugale : Khouniaton faisant assassiner le prince hittite - prétendant à la main de la reine rebelle - pour régler un drame conjugal et politique. II serait souhaitable sans doute de savoir si la reine n'était pas effectivement demeurée dans sa capitale à Thèbes, ce qui apporterait plus de clarté sur l'aspect politique et conjugal du drame. Quoi qu'il en soit, le Coran ne contredit pas absolument la Bible sur ce point, mais y ajoute toutefois un détail explicatif qui concilie la thèse religieuse et la thèse scientifique. De même, la version biblique fait-elle mention du Mont Ararat, dans l'épisode du déluge et l'exégèse judéo-chrétienne situe ce lieu en Arménie. Le Coran cite un autre nom propre, celui du Mont Djoudi, situé dans le Mossoul. Or, les découvertes géologiques et archéologiques récentes situent précisément le phénomène diluvien en Mésopotamie inférieure, non loin de la ville d'Ur, où naquit Abraham. Les deux textes peuvent avoir désigné deux épisodes distincts du phénomène diluvien. Mais il pourrait s'agir aussi, d'une erreur de scribe dans la Bible, une de ces erreurs pour lesquelles Jérémie stigmatisait «le burin menteur des scribes». Enfin, la version coranique est totalement indépendante de la thèse judéo-chrétienne qui regarde, à des titres différents, la crucifixion de Jésus comme une réalité historique. Mais le Coran affirme à ce sujet : «Ils ne l'ont point tué ni crucifié, quoi qu'il leur en paraisse». Cor IV. v. 156-157. Cette version originale du Coran ne coïncide avec aucun document judéo-chrétien. D'autre part, les écrits des premiers chrétiens laissent la porte ouverte à toutes les hypothèses, sur la fin de Jésus et sur la durée de son ministère. Irénée, cité par M. Montet, comme le premier témoin de l'authenticité de l'Evangile de Saint-Jean, professe, à la fin du deuxième siècle, que Jésus avait enseigné jusqu'à l'âge de cinquante ans, contrairement à la tradition chrétienne actuelle qui regarde la fin de son ministère à l'âge de trente-trois ans. S'il fallait, coûte que coûte, ramener la chronologie monothéiste du Coran, sur ce point à une source chrétienne, on pourrait faire un rapprochement partiel entre la thèse coranique sur la disparition de Jésus et celle de la doctrine docétiste qui professe également la mort apparente de Jésus, selon l'Evangile de Pierre. Ce rapprochement demeure toutefois partiel, parce que le Coran regarde la naissance et la vie de Jésus, comme des réalités terrestres indiscutables, alors que le docétisme renferme tout cela dans une sorte de doctrine générale de l'apparence. On peut ainsi suivre, pas à pas la pensée coranique et la pensée biblique, en leur trouvant sur le fond monothéiste, des points communs indéniables ; mais aussi, aussi nombreux sinon plus, des points de divergence. Pour pousser jusqu'au bout cet examen critique, il faudrait admettre la relation du Coran avec - non pas une seule - mais plusieurs sources judéo-chrétiennes. Il faudrait en outre admettre, - étant donné les divergences notées sur plusieurs points de la chronologie monothéiste - que le Coran se serait inspiré d'une ou de plusieurs versions bibliques qui n'existent plus actuellement. Et il faudrait, enfin, admettre que le Prophète travaillait à la manière d'un érudit, compulsant de nombreux documents, les méditant et les coordonnant en vue d'en tirer la version coranique. Il est vrai que «l'esprit critique moderne» a des naïvetés déconcertantes, comme signale M. Montet lui même, à propos du Professeur de médecine Astruc (1684-1766), dans ces termes : «II est évident qu'Astruc se représentait, avec une certaine naïveté, Moïse consultant des documents et travaillant comme un savant du 18e siècle...». |
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